A. Herth, Agriculture
Ce jeudi 16 novembre 2006, les Jeunes PoPulaires du Bas Rhin ont tenu un nouveau débat sur le thème du commerce équitable et de l'agriculture. Ils recevaient à cette occasion Monsieur Antoine HERTH, adjoint au Maire d'Artolsheim et député de la 5e circonscription du Bas Rhin. Agriculteur, M. HERTH est également membre de la commission des affaires économique de l'Assemblée nationale. Il est le co-auteur d’un récent rapport parlementaire relatif aux biocarburants.
Après avoir demandé aux militants présents de bien vouloir excuser Jean-Philippe VETTER, responsable des Jeunes PoPulaires du Bas-Rhin et François GABRIEL, délégué national, absents du fait du conseil national de l'UMP à Paris, Nicolas KIHN, référent Jeunes PoPulaires des 3 premières circonscriptions du Bas-Rhin (Grand Strasbourg) et animateur de ce débat, a présenté brièvement notre intervenant et nos objectifs. Le débat s'est alors engagé et le député s'est prêté volontiers au jeu des questions réponses sur le thème du Commerce équitable et de l'agriculture.
Premier thème : l'agriculture biologique
Question posée par Charles SITZENSTUHL, responsable du comité de rédaction du blog des Jeunes PoPulaires.
Le député a souhaité d'abord faire le bilan des 4 ans et demi de l'action du gouvernement concernant le domaine de l’agriculture. En effet, grâce à la loi d'orientation agricole, qui entre autre créé une aide au maintien (une première pour un gouvernement alors que la gauche ne l'a jamais proposé) et le développement de la recherche dans ce domaine. Cette loi a permis une modernisation en règle générale.
Dans son projet, l'UMP souhaite un allègement de la taxe foncière.
En ce qui concerne l'agriculture biologique, on a tendance à penser que c'est bon pour la santé alors que ce n'est pas forcément vrai. Par exemple, si aucun fongicide n'est utilisé, des champignons (naturels) peuvent se développer. Or ces derniers sont plus nocifs que les fongicides pour la santé humaine et animale. Il faut sortir de l'idée que le bio est un médicament. C'est faux ! Du point de vue de la conservation, il existe un autre problème. Les produits biologiques voyagent autant que les produits issus de l'agriculture conventionnelle, or ils sont moins bien préparés à ces longs voyages, supportent moins et leur qualité s’en trouve plus altérée que s’ils avaient été traités.
En somme, le bio n’est pas une solution miracle. Ce n’est pas la panacée.
De plus, si on remplace l'agriculture traditionnelle par le bio, on divise par 3 la production agricole française. A l’heure actuelle, pas moins de 2,5 millions d’emplois sont en relation, directe ou indirecte, avec l’agriculture. A supposer qu’il soit possible de remplacer totalement l’agriculture conventionnelle par l’agriculture bio, cela générerait une destruction de 500.000 emplois. De plus, notre société l’a perdu de vue car nous achetons des produits finis, manufacturés pour nous nourrir mais c’est bien notre capacité agricole qui nous permet de nourrir notre pays et certains de ceux qui nous entourent. Une baisse drastique de la production ne serait pas une bonne nouvelle de ce point de vue.
Le député HERTH a également voulu rappeler qu'il y a plusieurs types d'agricultures biologiques :
- La bio-dynamie. Il s’agit d’une philosophie de vie au plus proche de la nature et de ses éléments et qui ne se résume pas uniquement à l’agriculture. L’agriculteur adepte de la bio-dynamie se réfère par exemple à la position des astres pour effectuer les diverses tâches qui lui incombent.
- Le bio traditionnel. Il s’agit de cultiver la terre sans apport de produits phytosanitaires. Les méthodes utilisées sont prétendument ancestrales. En réalité, elles sont à la pointe du progrès et constituent un gisement de connaissances dont l’agriculture conventionnelle doit s’inspirer. Le bio traditionnel souffre toutefois d’une absence de débouchés. Il n’y a pour l’instant qu’un très faible marché pour le bio. Beaucoup affirment acheter bio, mais en réalité ne le font pas ou très peu.
- Alsacebio. Il s’agit d’un label développé en Alsace qui permet à des produits bio d'être vendus dans les grandes surfaces (COOP Alsace essentiellement). C’est le label qui organise chaque année la foire Biobernai. L’objectif a été de créer un vrai marché pour les produits issus de l’agriculture biologique.
Le bio est plus cher mais doit être pris comme laboratoire pour les techniques qu'il développe.
Le bio a cependant un grand avantage du point de vue de la protection de l’environnement. Il est peu agressif pour l’environnement, notamment l’eau et l’air et permet la présence de certaines espèces de faune et de flore qui ont tendance à disparaître avec l’agriculture traditionnelle. Il faut donc privilégier son essor sur les terres moins fertiles (car ce sont celles qui reçoivent le plus de produits phytosanitaires si l’on y pratique une agriculture traditionnelle) et dans les zones de préservation de l’environnement comme les zones « natura 2000 ».
La conjonction des efforts des différentes agricultures et de leurs avantages respectifs mène à une agriculture raisonnée, qu’il faut fortement encourager (éco-conditionnalité des aides PAC).
Deuxième thème : le commerce équitable
Question posée par Frédéric HUSS, référent Jeunes PoPulaires de la 9ème circonscription .
Le sujet a été instrumentalisé par les anarchistes et les gauchistes (José Bové etc…) notamment dans leur contestation de l’OMC. On retrouve en outre une corrélation entre le commerce équitable et le bio. Or, le principe même du commerce équitable dont le slogan est « un commerce juste, pas l’assistanat » est en contradiction franche avec l’esprit et les revendications de l’extrême gauche.
Le principe du commerce équitable est le suivant (exemple du café) :
Avant, on avait le producteur qui revendait son café à un intermédiaire qui lui-même faisait de même etc. (avec un nombre incalculable d'intermédiaires) pour finir chez le torréfacteur.
Avec le commerce équitable, on a une coopérative (regroupement de producteurs) qui revendent directement au torréfacteur. La coopérative permet de financer l’agriculteur, non les intermédiaires. Tout le système tourne autour de la coopérative.
Ce qu'il faut en retenir, c'est l'humanisme. L’idée est née aux Pays-Bas. En effet, si les pays « du nord » avancent, ils ne doivent perdre de vue que ceux « du sud » les regardent et qu’ils ont envie du même niveau de vie que nous. Si notre organisation ne permet pas leur développement, il y aura de lourds problèmes non seulement d’un point de vue humain dans les pays concernés mais également chez nous.
La démarche peut être couplée, pour lancer l’agriculteur avec celle du micro crédit. Le commerce équitable ne concerna pas uniquement le chocolat ou le café mais aussi le textile et notamment le coton.
Troisième thème : les OGM
C'est le nouveau sésame des Trotskistes. A ce propos, M. HERTH nous conseille de toujours répondre à une question par une question en cas d'attaque virulente de la part des gauchistes qui ont une réelle capacité à entraîner leur interlocuteur sur leur terrain et de l’embrouiller suffisamment pour que le débat tourne à leur avantage.
En ce qui concerne les opposants aux OGM, leur méthode est simple : faire peur. Jospin a laissé faire et on se retrouve aujourd'hui dans une impasse. Un contrat verbal avait en effet été passé avec les Verts en 1997 : Ils pouvaient faire ce que bon leur semblaient dans le domaine de l’agriculture s’ils ne touchaient pas au nucléaire.
La méthode est radicale et redoutable d’efficacité. Ils prétendent que c’est néfaste pour la santé et l’environnement et détruisent les champs et les laboratoires de recherche, afin qu’on ne sache jamais la vérité.
Il faut donc pour cela que le gouvernement légifère, ce qu’il est en train de faire :
- répression des faucheurs.
- relancer la recherche (et c'est ce qu'il y a de plus important).
- rassurer le consommateur.
- protéger malgré tout, limiter sinon il y a un trop grande prolifération (maitriser).
Le projet de loi présenté par le Ministre de la Recherche a été adopté en 1ère lecture au Sénat. Antoine HERTH souhaite que l’Assemblée puisse l’examiner avant la fin de la législature.
Dans la réalité, si la science progresse et permet aujourd’hui la manipulation génétique, il ne faut pas perdre de vue que la manipulation existe depuis des siècles. Antoine HERTH a eu cette phrase qui permet la réflexion : « Les OGM, c’est ce que cultivait mon grand-père. ». En effet, c’est à force de croisement des plantes et d’espèces que l’on peut désormais cultiver des produits de qualité qui permettent de nourrir une humanité de plusieurs milliards d’individus. La manipulation des espèces existe depuis les débuts de l’agriculture.
Pour prendre un exemple amusant, Antoine HERTH nous a appris qu’après 30 ans de recherche sur les OGM, on a réussi à mettre au point une pomme « parfaite » c'est-à-dire une pomme qui a le même rendu qu'une pomme traditionnelle mais qui ne nécessite pas les multiples traitements que nécessitent les pommes actuellement vendues dans le commerce.
En outre, autre argument de poids, il n’y a aucun opposant aux OGM qui s’opposerait à se faire soigner par un médicament issus de la recherche génétique. (cf. téléthon)
Les multinationales sont souvent critiquées car elles produisent des semences qui ne produisent pas des graines permettant d’être elles mêmes des semences. Or, la quasi-totalité des agriculteurs exploitants rachètent des semences tous les ans.
A titre de rappel, 20% des semences vendues sont françaises.
Quatrième thème : les biocarburants
Question posée par Nicolas KIHN, référent Jeunes PoPulaires des 3 premières circonscriptions du Bas-Rhin.
Aujourd'hui, si on remplace le pétrole par les biocarburants, on ne subviendra qu'à 20% de la demande en France, ce qui équivaut à multiplier par cinq la superficie des terres exploitées. En somme, il faudrait que la France soit 5 fois plus vaste.
Annuellement en France, 41 millions d'hectolitres de diesel sont consommés contre 7 millions d'essence. Or, la recherche sur les biocarburants est bien plus avancée pour le remplacement de l'essence que pour le remplacement du diesel.
Ceci dit, quatre aspects sont intéressants avec les biocarburants :
- c'est intéressant pour lutter contre l'effet de serre (à mettre en relation avec les autres moyens de lutte : la géothermie, le solaire, les éoliennes mais aussi l'isolation dans les bâtiments etc.).
- lorsqu'on incite les agriculteurs à produire des biocarburants, ils sont très intéressés (car c'est un marché qui paye et les besoins sont gigantesques.).
- 40.000 nouveaux emplois pourraient être créés.
- Dans 10 ou 20 ans (environ) le baril sera à plus de 100$. Cela pose beaucoup de problème car ce n'est pas seulement le carburant qui est en danger mais aussi la chimie du carbone (plastique, etc.).
En définitive, les biocarburants ne remplaceront pas le pétrole totalement. Il faut baisser notre consommation énergétique et diversifier nos sources d’énergie aussi bien dans les transports que dans le logement. Pour cela il faut faire un travail sur la consommation des véhicules (exemple, ne pas conduire de 4x4), baisser nos déplacement en voiture, isoler mieux les logements…
Questions plus générales posées par les militants.
- UMP : Que pensez-vous de ce qui s’est passé au Conseil National entre Mme Alliot-Marie et M. Sarkozy, et que s’est-il réellement passé d’ailleurs ? (Maxime LAVIGNE et Gilles LAURENT)
L’UMP a su devenir un parti politique dans lequel les militants ont toute leur place. Il faut investir dans le militantisme et former les militants, notamment les jeunes. Antoine HERTH a pris cette soirée pour preuve. Si certains veulent se présenter hors du parti, alors, il n’y a pas d’intérêt à ce que les militants se soient investis et que les élus soient à leurs côtés.
L’UMP diffère du RPR car ce n'est plus un parti au service d'un homme (en l'occurrence Jacques Chirac pendant toutes ces années). Il faut avancer vers la démocratie interne, pas reculer en organisant la machine à perdre dans laquelle nous nous retrouvons aujourd’hui.
Le PS, en organisant des primaires, a créé un modèle. M. HERTH est pour l'organisation d'un débat (Alain JUPPÉ le propose aussi) car un parti politique est un compromis. En dehors de ce parti, il n'y a que des affrontements, des conflits.
Merci encore à M. Antoine HERTH pour son amabilité et sa disponibilité.












Commentaires
J'invite ceux qui colportent des idées fausses à lire ceci :
http://www.zsafo.admin.ch/fr/inh_det.php?id=140
Il a été démontré en Suisse sur les blés que certains fongicides de synthèse causaient l'apparition de mycotoxines.
Il est regrettable de présenter ainsi l'agriculture biologique et ainsi d'opposer les techniques. Ni l'une ni l'autre ne possèdent LA solution. Il y a eu l'ergot du seigle, il y a l'azoxystrobine.
Mais immiscer dans l'esprit des jeunes le fait que l'AB entraîne des risques sanitaires est regrettable. Ce n'est pas aider ceux qui font plus d'efforts environnementau x.
David Lefebvre, journaliste agricole Citer
Il y a pourtant matière à transformer notre agriculture et peut être des initiatives à prendre dans ce calendrier électoral :
Transférer les enseignants du secteur agricole à l'éducation nationale.
Réformer les services de ce vieux ministère de l'agriculture en, par exemple, supprimant ses deux directions départementales au profit d'un échelon unique régional.
Articuler filière agricole, recherche publique scientifique et instituts publics tout en injectant les moyens nécessaires dans la ruralité.
Favoriser un programme culturel rural. Citer
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