Amitié, contrats et Droits de l’Homme : le numéro du funambule
Durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait affirmé qu’il ne transigerait pas face aux questions des Droits de l’Homme en Russie et en Chine. Après son voyage en Russie, il était temps de s’adonner à l’exercice en Chine, avec un peu plus de panache.
Après la récente visite du Président de la République aux Etats-Unis, son dernier voyage officiel a été consacré à la Chine, un acteur mondial incontournable qui suscite à la fois l’admiration et la crainte. L’enjeu était majeur et l’exercice de style compliqué. Il s’agissait à la fois de réaffirmer notre volonté de travailler main dans la main avec la Chine aussi bien sur le plan économique que politique tout en insistant sur nos préoccupations quant au respect des Droits de l’Homme dans le pays du Milieu. Ce numéro d’équilibriste a été parfaitement réalisé par Nicolas Sarkozy qui a par ailleurs su dissiper les craintes d’une Chine qui avait le meilleur des souvenirs de son prédécesseur Jacques Chirac.
Le voyage n’avait pas simplement pour but de respirer l’air vivifiant de la croissance chinoise même si le Président a du l’apprécier au regard de la situation en France. Il s’agissait d’une part de finaliser des contrats commerciaux avec la Chine et d’autre part de faire connaissance avec Hu Jintao, quatrième président de la République Populaire de Chine et qui comme Nicolas Sarkozy finira son mandat en 2012. L’objectif commercial a été rempli puisque le super-VRP Sarkozy a signé plus de 20 milliards d’euros de contrats allant de la construction de deux réacteurs nucléaires de type EPR, à la vente de 160 avions Airbus. La question des transferts de technologie était donc posée et, lors de son allocution à l’université de Tsinghua à Pékin, le Président de la République a martelé que la France voulait partager ses meilleures technologies et nouer des partenariats avec la Chine. Cette stratégie est bien sûr la bonne, car tôt ou tard, ces technologies seront maitrisées par les chinois : autant donc en tirer parti tant que cela est possible. On retrouve ici le pragmatisme affiché du Président de la République.
Mais c’est bien là qu’il faut faire attention à ne pas faire passer nos valeurs derrière le pragmatisme. On peut regretter l’intervention de Nicolas Sarkozy quand il se prononce sur la question de Taïwan et affirme avec force que la France ne soutient pas l’indépendance de l’île et assure son soutien à la politique du « One-China ». C’est peut-être là le seul faux-pas du Président car même si certains peuvent se satisfaire du statu quo actuel sur la question taïwanaise pour des raisons marchandes, on ne peut pas se dire hostile à l’indépendance de Taïwan et à un référendum sur la question. Ceci relève de l’ingérence, nous n’avons pas à nous immiscer dans la politique intérieure taïwanaise. Le problème n’est pas de savoir si l’île appartient ou non à la Chine, c’est le cas, mais d’affirmer que le retour d’une démocratie sous le giron d’une dictature serait une régression inacceptable. Taiwan pourra être réintégré à la Chine continentale quand celle-ci sera pleinement démocratique. Mais la position française n’est que celle d’un regrettable statu quo teinté de realpolitik, ne dramatisons donc pas outre-mesure.
Durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait affirmé qu’il ne transigerait pas face aux questions des Droits de l’Homme en Russie et en Chine. Après son voyage en Russie, il était temps de s’adonner à l’exercice en Chine, avec un peu plus de panache. Le pari a été rempli et Nicolas Sarkozy a notamment plaidé pour l’abolition de la peine de mort. Il est crucial pour le petit pays qu’est la France d’insister sur ces questions car nous avons de grandes valeurs. Et même, si outre son statut symbolique, la France n’a qu’un poids limité face au géant asiatique, il faut s’associer à d’autres pays comme l’Allemagne ou à l’Union Européenne pour peser sur un pays qui plaide pour un développement harmonieux qui n’en a malheureusement que le nom et qui bafoue encore les droits de l’homme les plus fondamentaux.
La Chine est un pays vraiment étonnant dont il faut ménager les susceptibilités en dosant les critiques. Régime politique communiste aux contours incertains, aux processus de décision opaques et qui prive sa population de libertés de base comme l’accès à l’information, la Chine est aussi devenue incontournable. Son économie est un subtil mélange de libéralisme ou d’ultralibéralisme, pour ceux qui aiment ce terme, et de contrôle de l’Etat sur les banques, la gestion de la propriété privée, le prix de l’essence… Les réformes d’ajustement à l’économie de marché entreprises par Deng Xiaoping ont toujours eu pour but, selon les dirigeants, de développer le pays pour le bienfait du peuple chinois et elles ont propulsé le pays sur la voie du progrès. Nicolas Sarkozy a bien compris ces subtilités et veille à faire profiter la France du dynamisme de l’économie chinoise tout en s’assurant que ce développement ne se fasse pas aux dépens de l’environnement et n’occulte pas les problèmes des Droits de L’Homme dans la plus grande dictature du monde.
Alors oui, ce voyage peut être qualifié de réussite. Le président de la République a su amorcer une rupture dans la continuité : rupture car style différent et discours assumé, continuité car nos relations avec le Pays du Milieu se doivent de rester bonnes. Nous avons besoin de la Chine sur des questions aussi cruciales que l’Iran, la Corée du Nord ou la Birmanie. Nous avons besoin de la Chine pour lutter ensemble contre le réchauffement climatique et prouver que le développement peut se faire en minimisant son impact écologique. L’amitié franco-chinoise et scellée mais nous garderons notre franchise et le souci du respect de Droits de l’Homme. Cinq nouvelles années de travail s’engagent entre nos deux pays, espérons qu’elles soient fructueuses.












Commentaires
Ce n'est pas une justification, c'est une explication. Désolé pour tes ennuis gastriques, je ne le referai plus.
Je ne sais pas si c'est une bonne chose ou pas, mais les Ministres, même de gauche, même s'ils ne restent pas au gouvernement plus de quelques jours touchent 6 mois d'indemnité. Un peu comme une indemnité de licenciement, je présume. C'est la Loi et quand on s'appelle Nicolas Sarkozy on a aussi des droits, et on n'a pas besoin de le demander (à qui d'ailleurs?). Entre mai et novembre il y a six mois. Je ne pense pas qu'il puisse toucher son indemnité de Ministre de l'Intérieur en décembre, ce serait illégal. Tu me diras qu'il ne risque pas de poursuites… Ok. Je ne veux pas pinailler à mon tour, mais novembre c'est à la fin de l'année. Tu comprends l'info comme elle t'arrange. Tu sais bien qu'on est payé qu'une fois par mois et que ça ne voulait pas forcément dire que décembre était inclus. Mais peu importe.
"Sarkozy ne se refuse rien.". Encore heureux! Il est président de la République, tout de même! Citer
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