Le vert de la honte
La visite officielle du colonel Kadhafi en France fait grand bruit. La polémique enfle alors que certains crient au blasphème. La sainte Patrie des Droits de l’Homme ne pourrait souffrir de pire outrage. Figurez vous qu’un dictateur est reçu en grandes pompes par les autorités françaises!
Dans cet imbroglio de critiques où se mêlent opportunisme politique et sincérité, il convient cependant d’écarter tout excès. Il est tout à fait opportun de commercer avec la Lybie. Ce pays est entrain de réintégrer le concert des nations et a renoncé au terrorisme ainsi qu’à son programme d’armes de destruction massive. Second postulat, notre commerce extérieur est dans le rouge, il nous faut des contrats. D’autres pays prendront notre place si nous n’agissons pas.
Pourtant, bien qu’indispensable, passer des contrats avec une des dictatures les plus abjectes du globe est profondément choquant moralement. La tâche doit être réalisée sobrement et une grande attention doit être portée à la nature des ventes. Et c’est bien là que le bât blesse. La sobriété n’est pas au rendez-vous quand on déroule le tapis rouge à Kadhafi ou quand Nicolas Sarkozy se réjouit à Lisbonne de la venue du Guide en France. La nature de certains contrats soulève aussi des questions. Vendre des missiles anti-char Milan à la Libye est-il une décision sage quand on connait leur efficacité et le risque de prolifération?
La liste des inquiétudes est longue, on pourrait aussi parler du nucléaire. On l’a dit, la Libye s’est assagie mais pour quelle raison? Il faut revenir quelques années en arrière pour comprendre pourquoi la Libye a renoncé à son programme d’armes de destruction massive. En 2003, quand le régime de Saddam Hussein est tombé, Kadhafi a compris que le temps des activités illicites était passé. Cet homme n’est pas un « repenti », c’est un opportuniste. La pseudo-ouverture de la Libye n’est qu’une tentative de survie du régime.
Le dirigeant libyen entretient le trouble comme le prouvent ses propos sur les Droits de l’Homme en Europe, le recours au terrorisme par les Etats faibles ou son cinglant démenti à Nicolas Sarkozy sur l’évocation des Droits de l’Homme lors de leur première rencontre. Nous lui aurons donné une tribune, un prestige injustifié. Quand on voit la Garde Républicaine accueillir un tel tyran, on a honte. Nicolas Sarkozy semble cependant avoir pris en compte les critiques. Il n’a pas pris la peine de raccompagner son hôte sur le perron de l’Elysée mercredi soir alors que jeudi soir il recevait les familles des victimes de l’attentat contre le DC-10 d’UTA. Y-avait-il un chantage sur tel ou tel dossier quand on connait l’influence de Mouammar Kadhafi sur des pays comme le Tchad ?
Cette visite officielle en France pose des questions fondamentales et ô combien délicates. Où se trouve le point d’équilibre entre Morale et intérêts économiques ? Peut-on faire table rase du passé et nouer des liens avec une personne qui a planifié de lâches attentats qui ont coûté la vie à des français? Autant de questions complexes en suspens.











Commentaires
Flux RSS pour les commentaires de ce poste.