Mort sans être jugé
Arrivé au pouvoir grâce à un fort soutien américano-anglais en plein contexte de guerre froide, l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet est mort, cet après-midi à Santiago du Chili.
C'est le 11 septembre 1973 que l'intolérable commença. La junte militaire chilienne emmenée par le général Pinochet renversa le président Allende, démocratiquement élu trois ans plus tôt, avec un imposant soutien aérien des bombardiers britanniques et la précieuse aide financière de la CIA. A l'image d'un Stroessner au Paraguay, la dictature de Pinochet se résuma très vite à assassinats politiques, emprisonnements d'opposants et tortures, sous l'oeil bienveillant des Etats-Unis.
Désapprouvé par son peuple, il quitta le pouvoir en 1990, tout en gardant une certaine mainmise sur les affaires du Chili, par le biais d'une constitution qu'il avait personnellement modifiée. En 1998, se soignant à Londres, l'ex-dictateur chilien fut mis en résidence surveillée après l'émission d'un mandat d'arrêt international par un juge espagnol. C'est en 2004 que son immunité fut levée. On crut enfin en l'espoir d'un jugement. Mais par on ne sait quels jeux de coulisse, aucun procès ne réussit à porter ses fruits, les avocats de l'ex-dictateur arguant "état de santé déplorable" ou "démence" (sic).
Au final, Augusto Pinochet n'aura jamais eu à rendre compte de plus de 300 accusations de violation des droits de l'Homme, 2000 exécutions et 130 000 emprisonnements politiques.
Pourquoi ? Par quel jeu juridico-politico-diplomatique ? Nous ne le sauront certainement pas de sitôt. Néanmoins, une chose est sûre, les pays occidentaux et en premier lieu les Etats-Unis ont leur part de responsabilité à assumer dans cette tragédie.
Pour information, le parquet de Paris avait requis le renvoi de l'ex-dictateur chilien devant la cour d'assise de Paris pour l'enlèvement et l'assassinat d'une quinzaine de Français soutenant le régime d'avant 1973. Aux dernières nouvelles, ce dossier traîne dans le fond d'un tiroir depuis près d'un an. Quand on sait que la DST aurait activement soutenu l'opération Condor - vaste purge des opposants des régimes dictatoriaux d'Amérique du sud dans les années 1970 -, tout devient subitement plus clair...
Il y a encore des tabous que notre République n'est pas prête à reconnaître.












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