AccueilNos ArchivesPolitique nationaleContrôle à vie et castration chimique.

 










1er octobre, 20h30 : le site du Figarosite du Figaro annonce que sur 9'724 votants, 93.55% sont favorables à un contrôle à vie des criminels sexuels. Je ne fais pas partie de cette écrasante majorité... Se faisant, notamment, je m'inscris en faux avec Frédéric Lefebvre qui se demande : " Ne doit-on pas enfin décider la mise en œuvre de la castration chimique pour ce type d'individu ? " Je ne veux pas m'étendre sur le meurtre de Marie-Christine Hodeau car, contrairement à notre porte-parole, je ne cherche pas à réagir à tout évènement mais à penser. " Cela vient de ce que toute loi est universelle, et qu'il y a des cas sur lesquels il n'est pas possible de prononcer universellement avec une parfaite justesse. " (Aristote, Ethique à Nicomaque, Livre V, chapitre 14)

La loi comme la politique à une vocation plus haute que la rubrique des faits divers, quand bien même ceux-ci sont macabres, suscites une légitime désapprobation et une sympathie compassée. Car la politique, qui fait les lois ,trouve son intérêt dans les idées qu'elle porte et non dans un souci de communication de chaque instant.. Portons-nous encore une idée ?

" Il n'y a qu'une seule querelle qui vaille : celle de l'Homme. " disait un général ... Reste à savoir quel Homme ? Car nos lois expriment quelque chose de notre anthropologie et nous parlent de ceux pour qui elles sont faites moins que de ceux qui les font.

Quand Brice Hortefeux annonce que ce drame " pose une question d'application de la loi et, peut-être, une question d'adaptation de la loi ", laissant à penser que les personnes condamnées pour crime sexuel devrait être contrôlée à vie, il provoque en moi une première réticence. En effet il me semble qu'un meurtre est plus grave qu'un crime sexuel, de même qu'une agression contre un parent est plus grave que contre un étranger, contre un mineur pire que contre un majeur etc. Et si nous commençons à vouloir contrôler à vie les auteurs de crimes sexuels, que restera-t-il pour montrer que l'assassinat est pire encore ? La peine de mort ?

A ce désordre évident de priorités s'ajoute un regard pervers sur l'homme. Nous confondons la personne et son crime. Nos propres fautes devraient pourtant nous pousser à penser que tout le monde peut changer ! Et si nous ne portons pas ce regard lucide, du moins l'histoire en témoigne. Guillotiné en 1957, Jacques Fesch, condamné pour un braquage et le meurtre d'un policier, est l'exemple récent le plus flagrant qu'une prise de conscience du prisonnier et une rédemption sont possibles. Certes ce n'est malheureusement pas le cas de tous et il est bien légitime d'attendre de l'Etat qu'il assure la sécurité des citoyens. Mais cette protection ne saurait se faire au mépris de l'Homme. Or un contrôle à vie, par principe, est l'expression d'une désespérance proprement inhumaine.

De même l'idée de castration chimique est inhumaine. Chimique ou organique, la castration est l'un des pires actes pensables parce qu'il nie la sexualité qui est l'un des éléments constitutifs de toute humanité. Nous nous horrifions de l'excision et voudrions infliger pire encore ? La dignité de l'Homme, de chaque humain, ce n'est pas le recours à un moyen artificiel mais l'accompagnement de la maîtrise de soi. La " castration " chimique, cette technique au coût élevé, n'est pas destinée à être définitive et donc n'arrange rien sans l'obtention de la maîtrise de soi ; vertu dont l'acquisition ne saurait qu'être volontaire. Mais si la personne est volontaire, un milieu adapté est efficace et moins onéreux.

La castration chimique est donc une illusion, une sorte d'invocation destinée à nous rassurer alors qu'un accompagnement de la  personne via la réinsertion apportera plus de succès comme le montre les statistiques sur la récidive. Outre qu'elle ne grandit pas l'Homme, cette idée s'inscrit dans une pure logique de sanction quand la prison est destinée tant à punir qu'à réinsérer.

Commentaires  

 
#1 ArnaudM 2009-10-03 08:08 Je voudrais ajouter qu'il est des plus paradoxales que, au moment où l'on envisage d'être plus sévère pour les crimes sexuels que pour les assassinat, les ministres de la culture, Monsieur Frédéric Miterrand, et des affaires étrangères, Monsieur Bernard Kouchner, se prononcent en faveur de la libération d'un criminel sexuel sur mineur de moins de quinze ans s'étant soustrait à la justice… Dans une perspective gaulliste, la culture et les affaires étrangères c'est tout de même une certaine idée de la France. Citer
 
 
#2 Melfried 2009-10-05 20:17 ça alors… c’est vraiment la première fois que je lis un billet qui n’est pas consternant sur ce site ! Je suis presque déçu, le niveau semble s’élever ! Merci à Arnaud qui engage enfin un débat ouvert, loin de l’habituelle rhétorique purement politicienne de ses petits camarades.

D’ailleurs, c’est dommage, dès que ça devient sérieux, on dirait que plus personne n’a rien à dire…

C’est aussi courageux d’oser en parler sur le fond, avec des arguments, parce que le sensationnalism e vient toujours polluer ce sujet. Malheureusement , les responsables politiques font toujours monter la mayonnaise pour se donner un vernis sécuritaire dès qu’un drame survient, et puis généralement… plus rien, jusqu’au prochain fait divers sordide qui fera opportunément l'ouverture du 20 heures.

En ce qui concerne Frédéric Mitterrand, pas étonnant qu’il ait tout de suite apporté son soutien à Polanski. Monsieur le ministre a lui-même jadis fréquenté de très jeunes gens dans un pays d’Asie bien connu pour son tourisme sexuel… Il a même écrit un livre pour s’en "confesser". C’est public, et pourtant personne ne semble s’en émouvoir ! Cherchez l’erreur.
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#3 Cam 2009-10-06 10:40 Je ne trouve pas que la question de la castration fait suite à un événement. De nombreuses récidives ont permis de mettre en lumière un tel débat, débat qui mérite toute sa place dans la mesure ou parait il un malade sexuel aurait des pulsions à vie.
Or, là dans ce débat, on peut extrapolé en s'interrogeant sur le sens de la peine et le sens de la prison ?
En quoi et pourquoi une personne - auteur de crimes ou violences sexuels - serait elle guéri après quelques années en prison ?
La preuve en est que la récidive dans ce type de crimes est très grande…
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#4 ArnaudM 2009-10-06 19:20 @ Cam : tu prétends que "la récidive dans ce type de crimes est très grande" mais le taux de récidive en matière de crime est de 3%, moins pour les crimes sexuels…

Même si humainement, toute récidive comme tout crime est de trop, il n'y a pas "de nombreuses récidives" mais quelques récidives mise en lumière avec un effet déformant certain.

La peine a pour but l'équilibre social via une sanction. L'aménagement de la peine a pour objectif la réinsertion, notamment les soins envisageables. Or la castration n'est pas un soin mais une amputation… Elle ne guérit rien.

Pourquoi ne peut-on inventer des solutions de soins alternatives tel qu'une rééducation, un réapprentissage d'une vie saine en société dans des endroits de France profonde ?
Pourquoi constate-t-on que le nombre de crimes sexuels à doubler en vingt ans et ne s'interroge-t-on pas sur les aspects pervers de notre culture qui à l'évidence favorise ce genre de comportements ?…
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#5 Jeanne 2009-10-07 22:25 voila un propos réflechi ! (et pas dans la logique habituelle de l'ump représsive)… Citer
 
 
#6 V 2009-10-16 19:37 Il n'y a rien à redire sur le fond de l'article. Il est vrai malheureusement que sous la rhétorique des "droits des victimes" on abouti à des dérives qui conduiront à la confusion entre Justice et vengeance privée.

Sur la question de la récidive. Au lieu de renforcer démagogiquement l'arsenal répressif avec des mesures aussi scandaleuse qu' inefficace, on devrait peut être s'interroger sur les condition de détention, les traitements en milieu pénitencier et l'état déplorable de notre système psychiatrique. On peut citer le fameux adage "En France le plus grand hôpital psychiatrique c'est la rue." La place des délinquants sexuel n'est pas dans les prisons mais dans les hôpitaux. L'ennui c'est que on a pas les moyens faute de volonté politique.

Les mesures de castration chimique ou encore de rétention de sureté sont une dérive. Que va t'on faire aprés? L'exécution sommaire des récidiviste? leur enfermement dans des bagnes?

A ce moment là on aura franchi un point de non retour : On sera devenu une société non civilisé et certainement pas plus sûr…
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#7 François F 2009-10-18 12:46 Plus notre société a évolué, plus elle a eu recours à une justice respectant l'individu en tant qu'Homme. Nous sommes ainsi passé d'une répression disproportionné e à la loi du talion, puis à l’abolition de la peine de mort.
Est-ce que pour autant les crimes et exactions ont augmentés ? Même si les statistiques n'étaient pas légion les siècles précédents, il me semble difficile de prétendre que oui.
Aujourd'hui, et je rebondis en ce sens avec Arnaud, le temps de la réflexion – sereine et sans le populisme habituel – manque cruellement au débat. On est dans l’information « minute », la réaction « minute » et la décision « minute » Vox populi ! Ceci n’a rien de bon car ladite décision est toujours prise sous le coup de l’émotion. Or émotion ne rime pas avec sérénité et impartialité.
Je suis contre le fait de partir d’un cas individuel pour amender ou légiférer. Le rôle d’un gouvernement est de prendre des décisions pour le bien de tous.
Ici le débat concernant les crimes sexuels est complexe. Est-ce qu’un délinquant sexuel est à considérer comme quelqu’un ayant une tare ou une maladie qui générerait un dysfonctionneme nt de l’individu ? Dans ce cas, le contraindre à se soigner – à vie ? – serait une question légitime à poser. Ou alors, considère t-on, à l’instar d’un chauffard ayant eu un coup de sang, que cette état est passager, qu’il doit être sanctionné proportionnelle ment à son acte et les conséquences de son acte, et qu’une fois purgé sa dette envers la société, il en ressort « blanchi »…
Le débat est ouvert !
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#8 Sortylege 2010-01-17 22:31 Je constate que le principal traitement des troubles sexuels condamnables sont la castration chimique ou physique .
Elle s'acompagne d'un traitement antidépresseur ?
Il y a aussi des psychothérapies trés efficaces associées je crois .
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