to view content.« Indigènes » : Les tirailleurs ont touché Chirac
Une fois n’est pas coutume sur un blog d’un mouvement politique, traitons de cinéma. Les non-évènements de la politique du week-end comme le retrait de Jospin et de Lang de la candidature à la candidature PS, ou les accusations d’un frère de Mme Royal contre un autre frère de la même Royal nous y poussent. Mais surtout, ce qui nous y pousse c’est la sortie dans les salles du film de Rachid Bouchareb, « Indigènes ». Un bon film, disons le tout de suite. Ce film sonne sans doute une forme de retour du film politique dans ce qu’il a de plus noble, l’explication historique, sans à priori, sans parti pris mais accompagné d’un message sain. Et c’est en cela qu’il nous paraît intéressant d’en parler. Ce film politique est doublé d’un bon film de guerre bien sûr, mais ça, nous le laisserons à votre propre appréciation.
Inutile d’en faire le « pitch », tout le monde sait désormais de quoi traite ce film. Tout le monde le sait désormais. Car il s’agit d’un volet pas ou peu enseigné par l’école de la République alors que c’est nécessaire. Beaucoup de jeunes, issus de l’immigration en provenance du Maghreb ou d’Afrique noire ayant grandi en France ne savaient pas ce que leurs grands-parents avaient fait pour leur pays. Et beaucoup de « gaulois », pour reprendre les termes du film, l’ignoraient également. On nous avait dit que nous avions une histoire différente, on se rend compte aujourd’hui de notre Histoire commune. Or, pour que l’intégration (ou la banalisation comme le dit Jamel Debbouze) puisse se faire correctement, il aurait fallu commencer par expliquer ce passage de l’Histoire aux jeunes, issus ou non de l’immigration. Pour mieux se comprendre et mieux se rassembler, se ressembler. Au lieu de cela, il nous a plutôt été expliqué la décolonisation avec ce qu’elle a eu de plus difficile à supporter des deux côtés de la Méditerranée. Pas la colonisation qu’il faut bien assumer. La décolonisation, la déchirure. Sans rien expliquer.
Et on a voulu construire quelque chose de viable là-dessus ? Pas étonnant que ça aie raté !
Il n’est pas question bien sûr de faire un tabou de la présence coloniale et de la décolonisation, ses causes et ses conséquences. D’ailleurs Abdel Kader (Ben Béla ?), le personnage que joue Sami Bouajila, nous invite également à la réflexion sur la période qui suivra la Guerre. Il s’agira sans doute du thème du prochain Bouchareb. Mais que l’école ne nous aie pas expliqué plus cette période et l’héroïsme de ces tirailleurs pose un vrai problème dans un pays qui a tant de mal avec son passé et qui de plus est une terre d’immigration notamment des populations de ses anciennes colonies. Il faudra corriger cela. Et on pourra sans doute utiliser ce film dans les salles de classe.
Il faut également rendre un hommage appuyé aux quatre principaux acteurs et au réalisateur du film pour le message en direction du Président de la République pour que la France revoit sa position sur les pensions qu’elle verse à ses anciens combattants africains. Et féliciter le Président Chirac et son gouvernement d’avoir accédé à cette requête. Il est tard bien sûr, et les cassandres nous le signifierons immédiatement. Mais il n’est pas trop tard. Qu’il faille un film pour aboutir à ce que le Conseil d’Etat réclame depuis des années est peut-être un peu dommage mais c’est aussi ça la force de la Culture. L’important, c’est que les pensions de ces militaires soient révisées et remises au niveau de celles versées aux anciens combattants français. Au nom d’un principe que la République porte très haut, et que ces tirailleurs ont défendu en participant activement et en première ligne à bouter les nazis hors de France : l’Egalité.










