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Mar
29

Les deux crises.

 

La crise économique mondiale frappe. Et elle frappe fort. Le chômage est reparti à la hausse. Les déficits et la dette publique se creusent. On ne parle que de cela dans les médias, jusqu’au grotesque parfois, consacrant des sessions entières des JT et des émissions complète aux petits trucs contre la crise. Ces conseils - la plupart confinant à l’absurdité la plus crasse - et l’omniprésence de la crise économique ne doivent pas nous faire oublier une autre crise, bien plus grave parce qu’elle a toutes les chances de ne pas être passagère : la crise écologique mondiale.


Le PIB français devrait reculer de 1,5% cette année selon l’INSEE.
L’an passé, les glaciers de l’Antarctique ont perdu 103 milliards de tonnes.

Fonte des capitaux, fonte des glaces…

Beaucoup perdent leurs emplois - dans l’industrie notamment. Chaque jour, cinq espèces de plantes disparaissent. Le nombre de ménages qui n’arrivent plus à payer leurs crédits explose. Les abeilles meurent par milliards. Les faillites se multiplient. Les phénomènes climatiques inquiétants aussi. Les Etats ont du mal à relancer leurs économies. Bientôt ils se feront la guerre pour l’accès à l’eau.

Un autre parallèle peut être fait entre ces deux crises. Nous avons une forte tendance à en faire peser le plus lourd poids sur les épaules des générations futures. Creuser les déficits et ne pas réagir dès aujourd’hui face à l’urgence environnementale, voilà bien une manière de nous défausser, de pratiquer la politique de l’autruche.

Ce constat n’est pas heureux, ce constat n’est guère encourageant. Mais il est lucide.

Deux solutions. Poursuivre sur notre lancée, nager contre le courant et attendre de couler, de sombrer.

Ou agir. Maintenant. Il faut passer à l’action.

Les relais médiatiques sont nombreux et utiles. A l’international comme en France. « A chacun d’agir ». Pour sa bourse et pour son environnement. Mais ce n’est qu’un début et les politiques qui ne disent que cela ne font la plupart du temps que cacher leur inaction. L’effort doit être collectif, il s’agit donc d’une affaire éminemment politique.

Au pouvoir politique, il revient aussi de prendre le relais. C’est ce qui a été fait avec le Grenelle de l’Environnement, mais il est nécessaire dès aujourd’hui de passer à la vitesse supérieure, et, comme le fait remarquer Michel Barnier, il faudra demain passer à un Grenelle puissance Vingt-Sept, entendez un Grenelle Européen.

 



 

Il est temps de passer à l’écocroissance.


La décroissance prônée par certains, notamment les Verts, porte un autre nom : l’encouragement à la récession.

 

Il faut au contraire affronter en même temps, avec les mêmes leviers, les deux crises pour ne pas que le combat contre l’une obère les chances de succès face à l’autre.
Développer les emplois dans la branche environnementale - rappelons qu’ils ne sont pas délocalisables, financer des éco-prêts, investir au niveau européen dans les grandes infrastructures permettant un transport plus propre (ferroutage, transports collectifs, canaux), etc. c’est se battre à la fois contre la morosité économique et contre les agressions permanentes envers la nature.

L’écocroissance est une impérieuse nécessité. Il en va de la responsabilité des hommes de ce début de XXI ème siècle.

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre ». Hans Jonas.

 

Écrit par Nicolas KIHN. Posted in Politique nationale

Commentaires  

 
#1 François F 2009-03-30 10:32 Très bon article Nicolas !
Espérons qu'à la crise que nous traversons ressorte quelque chose de positif. Que nous prenions ça comme un sérieux avertissement.
Comme le disait A. Jacquard : il faudra faire preuve "d'humanitude" ! Nous avons ici la preuve qu'en dehors de tout cadre règlementé l'Homme ne pense qu'à son propre profit à court terme…
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#2 Jean-Bertrand 2009-03-30 18:03 Vous êtes bien pessimiste, Nicolas Kihn !! Nicolas Sarkozy a - une fois de plus - déjà réglé le problème, puisqu'il a convoqué le Grenelle de l'environnement.

Je vous rappelle que maintenant, quand on achète une voiture qui pollue plus que les autres, on doit payer 500 ou 1000 euros de malus. Rapporté au prix de la voiture, c'est vraiment très très contraignant et ça va très fortement faire diminuer la pollution et le CO2! Et je passe sur toutes les autres mesures extrêmement audacieuses imposées par Nicolas Sarkozy.

D'ailleurs, dès son arrivée à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a invité ses ministres a adopter eux aussi la fibre écolo-responsable qui est désormais sa marque de fabrique. La preuve, par exemple, lorsque Christian Escrosi a choisi de rentrer précipitamment un soir à Paris pour un cocktail à l'Elysée alors qu'il était aux USA. Très soucieux de la planète, il a préféré prendre un jet privé économe plutôt que d'attendre le lendemain et emprunter un gros avion de ligne qui pollue beaucoup! Alors les polémiques à deux balles (http://www.politique.net/2008100501-voyage-en-avion-de-francois-fillon-cout-et-bilan-carbone.htm), merci bien…

Quand je pense qu'il y a des sales gauchos qui n'ont rien d'autre à proposer que la relocalisation des productions pour réduire l'impact du transport routier à grande échelle, l'arrêt de la culture des OGM en plein air par mesure de précaution, l'investissement massif dans les transports en commun urbains et interurbains… N'importe quoi !! Encore un tissu de mesurettes qui, comme vous le faites justement remarquer, n'ont pour seul but que de détruire cette société du confort par la consommation sans limites qui fait notre liberté.
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#3 Nico 2009-03-30 18:55 Vous êtes sûr que vous avez saisi le sens de mon article, Jean-Bertrand ? L'avez-vous seulement lu?
En tout état de cause, merci de ne pas m'attribuer des phrases que je n'ai pas écrites.

Je traite d'un sujet de fond extrêmement important - et de la nécessité de s'attaquer à ce problème au niveau européen - et vous me sortez des histoires grotesques d'avion du Premier Ministre, et vous faîtes de l'esprit à propos de telle ou telle personnalité. Il est vrai que l'on pourrait aussi demander à tous les participants du prochain sommet de l'OTAN dans notre bonne ville de Strasbourg de venir à pied ou à vélo…

J'ai déjà eu l'occasion de traiter du Grenelle et du système bonus malus, qui fonctionne bien mieux que vous ne semblez le croire. Regardez les chiffres. La fiscalité environnemental e, ça marche, même si la gauche nous a fait perdre des années en la supprimant en 97, au même moment où elle supprimait la vignette d'ailleurs - double incitation à l'achat de voitures très polluantes.

L'objet de ce papier était plutôt, en cette semaine dite du développement durable, et quelques semaines avant les Européennes, de mettre en exergue la nécessité d'une politique européenne plus efficace dans le domaine de l'environnement. Des avancées ont eu lieu lors de la dernière présidence française, certes, mais le succès indiscutable du Grenelle m'incite à soutenir la proposition de Michel Barnier d'un Grenelle européen. Où vous êtes restés bloqués sur l'urbain et interurbains, évidemment nécessaires, j'en suis déjà à l'échelle de l'Europe.

L'écocroissance est une nécessité. Les victimes de la décroissance seraient évidemment les moins aisés. Je pense que vous êtes d'accord avec ce concept d'écocroissance, n'est-ce pas, Jean-Bertrand?
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#4 Ludo 2009-03-30 20:31 Bien d'accord avec toi Nico mais l'écocroissance ça existe depuis quelques temps déjà sous le nom de green business et les revues ou émissions radio économiques ont déjà leur page ou plage horaire dédiée à ce sujet. Aux USA, surtout dans la Silicon Valley, il y a plein d'entreprises innovantes sur ce marché. Les USA sont d'ailleurs bien en avance sur nous à ce sujet en terme de taille et du dynamisme du tissu économique "vert". Certains ont toujours tendance à les enterrer vite en se focalisant sur Kyoto.

Sur l'idée de Grenelle de l'environnement européen, oui ça peut être une très bonne initiative. Effectivement il faut élargir le spectre et agir à une plus grande échelle. Les actions locales sont positives mais c'est à des échelons supérieurs que ça se joue. Si la France réduit ses émissions de CO2 de 5% mais que la Chine les augmente de 2%…la messe est dite. Même l'Europe ne représente que 20% je crois des émissions mondiales de CO2. (le CO2 n'étant bien sûr qu'une composante de la crise écologique).

La crise économique actuelle sera de courte durée sur l'échelle du siècle contrairement à la crise écologique. Pourtant on fait des plans de relance économique(néce ssaires) gigantesques… Pourquoi pas un plan de relance pour l'écologie. Je sais je sais la dette… Mais tout ça montre bien que nous sommes plus enclins à répondre à un choc relativement brutal et concentré dans le temps qu'à un choc terrible mais étalé dans le temps. La nature humaine.

Pour ma part, je soutiens l'idée d'une taxe sur les flux financiers (taxe Tobin) qui servirait à financer des projets internationaux pour préserver la planète et financer la recherche.
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#5 Ludo 2009-03-30 20:36 Oups, je suis allé un peu vite en besogne. Je voulais dire que le concept d'écocroissance existe déjà grâce au green business. Citer
 
 
#6 Nico 2009-03-31 13:19 Ludo, tu as raison, ça existe déjà. Je n'ai pas la prétention d'inventer ce concept, juste de le soutenir. Effectivement, les Etats-Unis prennent une longueur d'avance dans la Green Growth (comme on l'appelle là-bas). A l'Europe de s'y lancer plus.

Ce que tu dis sur la comparaison Europe-Chine est vrai. Mais on ne pourra pas prétendre de leur demander de rejoindre notre niveau de vie sans polluer par trop si nous ne sommes pas nous mêmes exemplaires.

Pour ce qui est de la fiscalité environnemental e, et la taxe Tobin, oui, je la soutiens également depuis longtemps. Mais elle n'aurait de sens qu'à l'échelle européenne a minima. Si la France le fait seule, elle a un petit levier d'action et un gros handicap… D'où la nécessité d'un Grenelle Européen. Michel Barnier a raison. Pour ce qui est du climat à tout le moins, l'échelle européenne est bien plus pertinente que les actions nationales. On répondra à cela qu'il ne sera pas aisé de faire avaler un système Bonus Malus tel qu'on le connait en France aux allemands. Sans doute, mais il faudra bien essayer. Idem pour la production d'électricité. Si nous produisons de l'électricité propre et que nos voisins font tourner leurs turbines au charbon, l'effort de l'un est un peu vain si l'autre ne le fait pas, à 10 km d'une frontière, les gaz ne connaissant pas les frontières. Etc… Et que dire du transport… On a bien vu, ici en Alsace, ce que c'est que l'absence de coordination de nos politiques de transport avec la LKW Maut… etc. etc. Bref, l'échelon européen est pertinent, appuyons nos efforts en ce sens. Pourvu que cela fasse partie intégrante de la campagne européenne. Parce que si c'est la crise économique, une chose est sûre, ça donnera place à un concert de démagogie de la part de la gauche et des adversaire de l'Europe… Occupons-nous des vrais sujets pertinents…
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#7 Ludo 2009-03-31 20:57 Ouais entièrement d'accord. Pour la taxe Tobin je parlais évidemment d'échelon international.
Et concernant la campagne européenne, j'ai envie de dire quelle campagne européenne? On en entend pas parler du tout. Bon d'accord il y a le G20, la crise… mais justement ça ferait de la matière à débat pour les européennes en plus du thème de l'environnement dont tu parles et de nombreux autres thèmes.
Je crois qu'on est encore loin (2014?) de voir des programmes communs des partis comme le PPE ou le PSE avec des candidats officiels soutenus par ces partis pour la tête de la Commission.

C'est un peu le problème de l'oeuf et de la poule. Faut il d'abord une intégration politique pour insuffler de grands projets communautaires ou de grands projets pour aller vers une intégration politique.

Bref restons sur le sujet. Il faudrait aussi combattre le dumping environnemental mais là aussi vaste sujet.
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