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Vers une gouvernance mondiale


La crise financière aura eu pour mérite de faire accepter dans les esprits l’idée d’une gouvernance supranationale. Il y a des moments où l’histoire s’accélère, où les inerties sont bousculées et où de nouvelles solutions sont à apporter. Nous sommes à la croisée des chemins et deux voies s’ouvrent à nous. D’une part le retour en force du nationalisme comme réflexe de protection, le repli sur soi et d’autre part la mise en place d’une coopération internationale accrue avec les instruments de décision qui vont de pair. A l’heure où l’économie ne connait plus les frontières, le politique se doit de suivre la même logique, faute de quoi nous allons vers des dysfonctionnements majeurs de plus en plus fréquents.

Face à un défi mondial, aucun pays ne peut réagir seul. De plus, les institutions internationales actuelles sont nées à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et ne sont plus adaptées à notre époque. Deux réponses sont à apporter. Il faut d’abord élargir le club des puissances aux pays émergents. Il n’est pas concevable d’écarter des pays tels la Chine ou l’Inde. Le G8 doit ainsi être élargi à un G20, le Conseil de Sécurité des Nations Unis doit aussi comprendre plus de membres mais selon une organisation dont nous parlerons plus loin. Quant aux institutions telles le FMI, la Banque Mondiale ou l’OMC, ils doivent plus s’ouvrir aux grands de demain. Nous assistons à la transition entre un monde dominé par l’Occident à un monde multipolaire. Il convient ensuite de réformer ces grandes institutions en leur conférant plus de pouvoir et en les intégrant dans une structure politique mondiale plus aboutie. Ces institutions post-Bretton Woods constitueraient le pôle économico-financier d’un gouvernement mondial dont l’exécutif aurait à sa tête le Conseil de Sécurité de l’ONU. Il faut imaginer un système de poupées russes qui iraient de l’échelle locale à l’échelle internationale en passant par les étapes du régional, national et continental. A chaque échelle ses pouvoirs et ses domaines de compétences prioritaires.

On en vient naturellement au deuxième défi qu’est la mise en place d’entités continentales, de blocs civilisationnels, osons le mot. L’Union Européenne est en avance sur ce sujet même si beaucoup de travail reste à faire. On entend Nicolas Sarkozy demander une gouvernance économique européenne à travers l’Eurogroupe, les autres pays de l’UE hors Eurogroupe suivraient le mouvement. Il s’agit là d’une bonne idée mais qui ne doit pas se faire à la hussarde. Respectons les futures présidences tchèque et suédoise de l’UE et respectons les traités. Il suffit de faire entrer en vigueur le Traité de Lisbonne et la Présidence de l’UE se fera non plus sur 6 mois mais sur 2 ans et demi avec un président élu par les différents chefs d’Etats. D’autre part, le président actuel de l’Eurogroupe est Jean-Claude Juncker, ne l’oublions pas. Tous ces blocs que seraient l’UE, l’ASEAN, la Chine, le Japon, la Ligue Arabe… devront chacun avoir une place au Conseil de Sécurité qui sera l’exécutif planétaire fonctionnant sous forme de directoire.

Il est certain qu’entre la théorie esquissée ici et la mise en place pratique de ce schéma ou d’un schéma analogue, les défis seront de taille. Mais n’a-t-on jamais autant avancé qu’en temps de crise ? Profitons donc de la tourmente actuelle pour rebondir.




Posté le 29/10/2008 à 16:54 par Ludovic HEIDMANN (8 commentaires)

Commentaires

Posté le: 03/11/2008 à 11:08 par limmt
 
 
Rebondissons, nationalisons donc les banques!

Posté le: 03/11/2008 à 14:21 par Laurent Husser (Site Web)
 
 
Ce qui est scandaleux dans votre billet, bien évidemment c'est le fond, certes, mais c'est aussi que vous parlez ainsi au nom des Jeunes Pop du Bas-Rhin, sans qu'un autre avis, contraire, puisse se lire. Dans votre propos, vous trahissez bien évidemment toute idée que j'appelerais sommairement de droite. Pour vous, respecter l'entité et la force de son pays, c'est de l'inertie, du repli sur soi, du nationalisme, bref le discours classique de la gauche la plus orthodoxe. Je ne parle même pas d'héritage gaulliste car ici il n'y en plus. Vous souhaitez le schéma le plus réducteur, celui qui nivellera toutes les singularités de chaque pays.
A vous lire, je vous conseille vivement de courir au PS pour adhérer. Votre passion cosmopolite, supranationale connaîtra là un terrain favorable. Enfin, vous appellez encore quelque part à renforcer l'Europe. C'est valeureux, mais dans les faits, cela grippe sacrément. Mais pour les gens comme vous, cela n'a pas d'importance, tant qu'on peut tout jeter dans le même moule...

Posté le: 03/11/2008 à 17:31 par Jeunes Populaires 67
 
 
Laurent Husser,
Comme cela a déjà été souvent expliqué, les auteurs signent tous leurs articles de leur nom parce que ce qu'ils écrivent les engagent et n'engagent qu'eux. Chacun écrit ce qu'il veut, c'est ce qu'on appelle la liberté d'opinion. Nous sommes un mouvement qui rassemble un panel très large d'opinions et courants de pensées, nous ne souhaitons pas imposer aux rédacteurs de ligne de pensée, parce que la diversité est une richesse pour un mouvement comme le notre.
Après, libre à chacun, jeunes populaires ou non, d'abonder ou de critiquer. Monsieur Heidmann exprime clairement sa vision des choses, et vous par exemple en exprimez une radicalement différente.
Nous précisons que l'article a été publié ce matin, contrairement à ce qu'indique la date de publication.

Posté le: 03/11/2008 à 20:57 par Ludo (Site Web)
 
 
Laurent,

Je ne suis pas du tout pour la culture unique et je ne veux pas tout jeter dans le même moule. Je ne suis pas de gauche et personne n'a à distribuer des brevets d'appartenance politique. Pousses tu Sarkozy à adhérer au PS car il a un discours étatiste et interventionniste? Avec ton discours qui est à la limite du sectarisme, j'espère que tu ne fais pas parti des personnes favorables à l'ouverture à gauche, ce serait bien paradoxal.

Je ne parle qu'à mon nom et comme ça a été dit dans le commentaire précédent, l'UMP est une large famille où l'on débat et c'est là une de ses forces.

Je te mets au défi de dire que la réponse à la crise doit se faire sous forme de réponses strictement nationales sans coordination. Que des institutions internationales renforcées et avec plus de pouvoir émergent, je ne vois pas le problème et cela ne veut pas dire que la France va perdre ses pouvoirs.
Je ne cache pas qu'au niveau européen je suis pour une Europe fédérale. Mais ça ne veut pas dire que je n'aime pas la France, bien au contraire je me sens très patriote. En Espagne ou en Allemagne je ne pense pas que les catalans ou les bavarois se sentent oppréssés par l'état central.

Posté le: 04/11/2008 à 00:32 par Nicolas
 
 
A titre personnel, je dirais que j'ai un peu de mal à appréhender clairement le concept de gouvernance mondiale. Qu'est-ce que signifierait le gouvernement mondial? Pas grand chose en réalité.

Des nouveaux Breton woods? Pourquoi pas. Mais la Ligue Arabe, l'UE, l'ASEAN siégeant dans une drôle d'institution gouvernant le monde... C'est de l'utopie. Où sont les concepts de démocratie, où est l'universalité dans ce gros mélange hétéroclite?

Je crois qu'on fait de statomorphisme en tout. On veut nous faire croire que l'Europe pourrait être un pays et aujourd'hui on pense que le monde est un pays. On amalgame des concepts.

Je sais qu'on nous dit que tout se mondialise, que la culture mondiale émerge etc... et on oublie que le phénomène inverse se produit paradoxalement en même temps.

Seul un Etat possède un gouvernement. Ca ne sert à rien de dire que le Monde est un village. C'est tout un monde. Et il n'y a pas que l'économie dans ce monde. Heureusement.

Cela ne signifie évidemment pas qu'il ne faille pas essayer de coordonner nos actions face à la crise économique mondiale. Mais je ne comprends plus rien à tous ces G. G8 - G20... etc... Il ne faudrait pas nous faire croire que l'improvisation actuelle (improvisation ne signifie pas qu'il n'y a pas du bon dans ce qui est fait aussi) est la préfiguration de l'organisation mondiale de demain.

On ne devrait pas utiliser la crise pour repenser les institutions du monde. On devrait d'abord s'attaquer à la crise puis après réorganiser. Comme cela a été fait après la 2ème Guerre Mondiale. Mais réorganiser comment? En sabordant? En poursuivant?

Bref, il manque un sens à toute cette jolie histoire. Le monde entier qui se tient la main et qui chante "We are the World" ce n'est pas pour demain. Je ne partage pas cet optimisme.

Il est clair cependant que le système économique devra être repensé. Ceux qui profitent de la crise pour retourner vers les solutions inutiles et coûteuses - de gauche et droite - se trompent à mon sens. Mais ceux qui disent qu'il faudra aller encore plus loin dans ce qui nous a perdu se gourent tout autant. Pas de dogmatisme à l'heure actuelle, ça ne servira pas à grand-chose. Du pragmatisme. Et du réalisme.

Enfin, pour le bon mot, souviens-toi du Directoire. Ca marchait bien ça?

Posté le: 04/11/2008 à 20:43 par Ludo (Site Web)
 
 
"A titre personnel, je dirais que j'ai un peu de mal à appréhender clairement le concept de gouvernance mondiale. Qu'est-ce que signifierait le gouvernement mondial? Pas grand chose en réalité."

Il ferait la même chose que l'ONU et ses directives actuellement mais avec plus d'autorité (cf. le non respect des directives onusiennes). Plus d'autorité car plus de légitimité (meilleure représentativité des pays émergents au conseil de sécurité). Il chapeauterait les autres institutions telles le FMI, l'OMC... nommerait ses dirigeants et redéfinirait leurs priorités, leurs missions.

"Des nouveaux Breton woods? Pourquoi pas. Mais la Ligue Arabe, l'UE, l'ASEAN siégeant dans une drôle d'institution gouvernant le monde... C'est de l'utopie. Où sont les concepts de démocratie, où est l'universalité dans ce gros mélange
hétéroclite?"

Il s'agit simplement de réunir non pas des pays mais des blocs civilisationnels, des ensembles cohérents. Tout comme au Parlement Européen chaque pays est représenté et non pas chaque région de chaque pays. Que la Ligue Arabe siège ou que l'Egypte siège, au niveau de la démocratie c'est pareil. Le système ne serait pas moins démocratique que maintenant, il serait plus juste. Il serait également plus universel puisque chaque civilisation serait représentée.


Pour le reste de ton commentaire, je n'ai rien à dire, c'est pertinent. J'ai écrit l'article pour ouvrir le débat sur ces questions. Je n'ai pas de position arrêtée. J'ai juste voulu proposer un scénario de politique-fiction. Sur le long terme je pense que l'on va vers un gouvernement mondial. Je ne sais pas quelle forme il aura.

Quant au Directoire, il a effectivement été un échec en France mais c'est un système qui marche en entreprise. (Un pays n'est pas une entreprise, j'anticipe une éventuelle réaction.) 

Posté le: 05/11/2008 à 10:42 par Nicolas
 
 
Ludo, tu as tout-à-fait raison d'ouvrir ce débat et tu l'as fait avec un article qui a le mérite de dire clairement ce qu'il dit, c'est parfaitement appréciable. J'aime bien m'interroger sur ces questions également et ton article est parfait dans le genre politique fiction.

Si je comprends bien, tu penses à une redéfinition du rôle de l'ONU, à un renforcement. Cela est un vaste débat qui pose la question centrale de la souveraineté nationale. Je n'y suis pas très favorable. Evidemment le monde et ses équilibres ont changé depuis la création de l'ONU. Mais aller jusque là...
Je suis pour la souveraineté des Etats, ne partage pas les analyses de notre Ministre des Affaires étrangères sur le droit d'ingérence. Vaste sujet. Repenser la Charte ok, mais donner du poids diplomatique à certains Etats qui par exemple ne feront pas - par ailleurs - les efforts militaires pour appliquer des décisions qu'ils ont contribué à prendre... Et cela pose le problème du rôle américain. On est dans l'expectative aujourd'hui. Quelle sera la politique étrangère du Président Obama? Difficile de le savoir...

Posté le: 14/11/2008 à 22:29 par STB (Site Web)
 
 
La gouvernance mondiale est un rêve car elle part du principe qu'il existe un bien et un mal universel et que certains pourront délivirer des "bons points" et d'autres des cartons rouges.

C'est justement parce que le monde n'est plus multipolaire, parce que l'Europe ne décolle pas assez haut, que l'on se retrouve à s'aligner sur des positions qui ne sont unilatérales que vues des USA.

On ne peut pourtant ignorer la Russie, le monde arabe et d'autres pays qui sont aujourd'hui "non alignés" sur une gouvernance unique.

Quant à l'Obamamania qui semble animé les propos, elle néglige le fait qu'Obama est avant tout un président AMERICAIN et que son programme sera "América First". De quoi calmer les ardeurs dès lors qu'il faudra ou non s'aligner sur la "soft power" qui revient avec le nouveau président.

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